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Christos Yannaras,
Università di Atene
Révélation religieuse et expérience
ecclésiale
Qu’est-ce que les termes connaissance et
révélation peuvent définir exactement? Avec le terme
connaissance on signifie la réception et l’élaboration
critique par l’intellect humain des informations que nous
procurent les sens. La validité des informations et la
rectitude de leur élaboration critique sont a vérifier. La
vérification présuppose n’importe quel homme sain d’esprit
et en santé de sens. La vérification de la connaissance se
réalise par l’observation, la répétition de l’observation
sous les conditions des observés (expérimentation) ou par le
moyen d’une méthode de vérification reconnue par tous
(mathématique, logique formelle, etc.).
Nous appelons Révélation la réception par l’intellect humain
d’informations qui, cette fois, ne sont pas fournies par le
sens, mais par un facteur transcendant à travers une
intervention merveilleuse dans la réalité humaine. La
validité des informations révélés ne peuvent être soumises à
aucun control – la révélation ne peut pas être vérifiée ou
démentie. La provenance métaphysique de l’information
révélée lui attribuit un prestige absolu, la rend
incontestable. Il est bien probable que l’homme ne puisse
comprendre les informations révélées, que la révélation ne
puisse correspondre aux conditions de nos méthodes de
vérification reconnues par tous. Mais leur provenance
métaphysique les rend obligatoirement vérifiables pour
l’homme.
Chaque religion apporte une révélation –
elle se constitue grâce à une révélation. Parmi les signes
distinctifs du phénomène religieux, s’inscrit
inéluctablement une doctrine “dogmatique”: cela veut dire,
un nombre de “dogmes”, d’informations qui ont le caractère
d’axiomes, de principes obligatoires, à cause du fait
qu’elles proviennent “par révélation”. Il s’agit d’une
connaissance indépendante de l’expérience sensible,
insubordonnée aux contrôles et aux méthodes de la science,
un don offert par Dieu à l’homme.
Le fait que la religion fait partie du phénomène humain de
façon diachronique avec les mêmes manifestations toujours et
partout, nous indique que la religiosité représente une
nécessité de la nature de l’homme. Nous rappelons naturelles
les nécessités (pulsions) instinctives, qui ne peuvent être
contrôlées par l’intelligence et la volonté.
On inscrit la religiosité parmi les manifestations de la
pulsion d’autoconservation (Selbsterhaltungstrieb): cela
veut dire qu’elle s’inscrit parmi les exigences de l’ego
psychologique, définit par le besoin d’être armé de
certitudes incontestables, de connaissances bien garanties.
Avant tout défini par le besoin d’être armé de certitudes et
de connaissances de caractère métaphysique.
L’inconnu provoque un sentiment de terreur à l’être humain,
on ressent l’ignorance comme une menace. C’est la nature
humaine qui réagi en panique face à l’incertitude. Elle ne
peut supporter le caractère inexplicable et énigmatique de
l’existence, de sa cause et de son but. Elle ne peut
supporter la réalité inintelligible du mal, de la corruption
de la chair, de l’éphémère de l’individualité. Face à la
mort, l’être humain est prit par le vertige de l’absurdité.
Les religions offrent à l’homme l’assurance de certitudes
garanties par la révélation. Elles offrent des vérités
révélées et par conséquent incontestables, fortifiés par le
prestige absolu de leur provenance transcendantale. En dépit
de tout progrès humain au domaine du développement
intellectuel et du savoir scientifique, toute menace fatale,
le poussera instinctivement à se réfugier aux cotés de
n’importe quel protecteur surnaturel. La parole qui dit que
“dans un avion qui traverse une zone de turbulences, il est
impossible de trouver un homme athée”, est très réaliste.
Cette religiosité instinctive exige d’être revêtue du
prestige d’une révélation.
Pour que la révélation soit
“objectivement” localisée, elle s’identifie avec la forme
même des dogmes – de la même manière que le sacre
s’objectivise sous la forme des idoles sensibles (fétiches,
statues, représentations). La lettre des formulations est
idolâtrisée, afin que la fidélité à la lettre puisse
garantir la certitude psychologique d’une révélation
méritoire de respect et la certitude de la possession (de
façon privilégiée) de la vérité.
C’est la raison pour la quelle une partie des pratiquants ne
cesse de confirmer l’inspiration divine et de façon
immédiate de leur écritures sacrés: ils ont la croyance
qu’il s’agit de textes écrit ou dictés (au point près) par
Dieu lui même (en leur langue, qui est de principe
“sacrée”). Pour la même raison ils sont prêts à se massacrer
mutuellement à cause d’éventuelles violations de la lettres
des dogmes, prêts à dépecer ou faire brûler sur un bûcher
les auteurs de la violation. Il est facile pour les
pratiquants d’une religion de calomnier, de diffamer, de
machiner d’horribles manières d’extermination morale ou
physique de leurs adversaires “hérétiques”. La panique qui
domine l’être humain dès que ses “convictions” religieuses
sont mises en question semble inexorable, de même que
l’agressivité qu’ils manifestent face à ceux qui essaient de
les ébranler.
Le christianisme, en tant qu’événement
ecclésial est apparu dans l’Histoire ayant des
caractéristiques qui le situaient aux antipodes de la
religion naturelle. La différence radicale se précise, avant
tout, à la négation du caractère individualiste de la
religion. Ce n’état pas par hasard que les Chrétiens ont dès
le premier moment défini leur identité avec le terme
hellénique ekklhsia (ecclessia). L’ecclessia de la cité,
détenait dans le monde hellénique un sens très différent par
rapport à ce qu’aujourd’hui nous comprenons avec le mot
assemblée: les Hellènes se rassemblaient à leur ecclessia
ayant comme but premier non pas la discussion des problèmes
de la vie commune, mais, avant tout, la réalisation et la
manifestation de la cité. La cité différait de la simple
cohabitation qui vise à faciliter la satisfaction des
besoins de la vie pratique. La cité représentait le mode de
la collectivité qui visait avant tout à la réalisation
commune d’une coexistence “selon la vérité” – à la “vraie
vie”, la “vie en vérité”. Et la vérité pour les Hellènes
signifiait le mode qui procure à l’existence la liberté par
rapport au temps, au changement, à la corruption de la
chair. Ils identifiaient ce mode avec le logos: l’ordre
logique selon lequel les existants existent dans l’univers –
l’ordre qui fait de l’univers un cosmos (ornement).
Ce contenu du terme ecclessia exprimait également l’identité
(particularité) de l’expérience des Chrétiens. Les Chrétiens
se rassemblaient au repas de l’eucharistie afin de réaliser
et de manifester un mode d’existence en commun, un mode de
vie “selon la vérité”, une réalisation de la “vraie vie”. Si
pour les Hellènes la réalité de la “vraie existence” (de
l’existence libérée de la mort de la corruption de la chair)
constituait l’ordre logique de l’univers (le logos qui
détermine les formes des étants, et la co-formation de leurs
mutuelles relations, la seule existence, libéré de toute
condition ou prescription, pour les Chrétiens, est
uniquement la réalité de la personne en tant que principe
causal du fait existentiel. Dès les premiers moments de sa
vie historique l’Eglise se réfère à un Dieu-Trinitaire:
Trinité des Personnes qui constituent l’Etre divin en tant
que réalité existentielle.
L’expérience ecclésiale, spécifie dès le premier moment, que
“Dieu est amour” (1 Jean 4,16). On ne dit pas que l’amour
est une qualité divine, que Dieu d’abord existe et
qu’ensuite il a de l’amour. Non. La phrase “Dieu est amour”
démontre la même chose quel la phrase: “Dieu est
trinitaire”. Les deux phrases signifient le mode qui
“permet” à Dieu d’être ce qu’il est – d’être Dieu. Ce mode
n’est pas l’immortalité, l’omnipotence, l’omniprésence,
l’omniscience. C’est la liberté de toute nécessité
existentielle, liberté par rapport à toute prédétermination
de l’existence (prédétermination par une essence-nature).
Les noms Père, Fils, Esprit déclarent, en notre langue
humaine l’existence qui se réalise non pas comme un étant
individuel préconditioné par sa nature-essence, mais ils
démontrent la réalisation de l’existence en tant qu’unicité
révélée à l’événement de la relation, de l’autodépassement,
de l’amour.
Grâce au nom Père notre langue peut démontrer que
l’hypostase concrète de Dieu n’existe et ne se fait
connaître comme une individualité en-soi. Elle existe et se
fait connaître comme celui qui engendre le Fils et procède
l’Esprit. Ce qu’est le Père ne se manifeste pas par le
signifiant divinité, se manifeste par le signifiant
paternité: la paternité déclare la liberté illimitées et
indéterminée de Dieu qui existe à cause du fait qu’il aime
et cette liberté se certifie par le fait qu’il engendre le
Fils et procède l’Esprit.
Il en est de même avec le Fils: Il existe sans que son
existence précède la filialité, sans être soumis aux
prédéterminations d’une individualité en-soi. Ce qu’est le
Fils se manifeste par sa filialité volontaire et non pas par
sa divinité essentielle (nécessaire: imposée par la
nature-essence). Il est Dieu, parce qu’il existe comme Fils
du Père: son existence correspond et renvoi à la volonté
vivifiante du Père.
Il en est de même avec l’Esprit. Le mot déclare l’altérité
hypostatique et active qui existe à mesure qu’il renvoie “in
acto” à l’être amoureux du Père. Il s’agit de l’Esprit du
Père en équivalence (au niveau de la langue) avec le
Fils-Logos du Père. L’Esprit “procède” du Père (du Principe
Causal de la liberté existentielle) et déclare par sa propre
existence ce qui est propre à Dieu: l’identité divine en
tant qu’amour vivifiant et créateur.
Ce trois mots: Père, Fils, Esprit
récapitulent, on pourrait dire la révélation que l’évangile
de l’Eglise apporte. Si l’existence personnelle est
réellement libre de toute prédétermination (nécessité) de
nature-essence, alors Dieu peut exister en tant qu’être
humain (à la personne du Christ) et l’être humain (existence
personnelle à l’image de Dieu) peut exister selon le mode de
la liberté existentielle de Dieu.
Mais cette révélation ne constitue pas un savoir qui peut
être transmis en tant qu’information. Si le mot ecclessia
est un élément de l’identité du Christianisme, le même mot
déclare non seulement un mode d’existence nouveau, mais, en
même temps, un mode de connaissance: nous arrivons à la
connaissance de la vérité que l’Eglise évangélise, à mesure
que nous faisons part au mode de relations qui constituent
le corps ecclésial. C’est seulement à travers l’expérience
que l’on peut connaître la vérité de l’Eglise, seulement à
travers la participation à l’amour ecclésial en tant que
mode d’existence.
Nous appelons apophatisme le refus d’épuiser la connaissance
à sa formulation linguistique – le refus d’identifier la
compréhension des significations à la connaissance des
signifiés. Il est impossible d’apprendre à nager en étudiant
les règles de la natation et il est également impossible de
connaître le vraie éros par correspondance. De la même
manière, il est exclu de pouvoir connaître la révélation de
l’Eglise à travers des études théologiques et des analyses
rationnelles. Nous ne pouvons la connaître qu’en participant
à l’ascèse que le corps de l’Eglise pratique en commun (à la
pratique de l’autodépassement et de l’autodonation) que la
sagesse de l’expérience ecclésiale a institué.
La religiosité instinctive et impulsive altère l’événement
ecclésial – nous parlons alors, d’une religiosation de
l’Eglise. La connaissance empirique se transcrit en
principes idéologiques, en dogmes, qui fortifient l’individu
égocentrique avec des convictions de validité métaphysique.
Et l’épreuve ecclésiale de l’ascèse se transforme en une loi
morale, bien codifiée à la quelle se soumet l’ego
narcissique avec la certitude d’un effort méritoire.
La religiosation de l’événement ecclésial annule la
révélation, qu’elle considère comme étant un savoir par
principe infaillible. Mais, l’expérience de l’Eglise
confirme avec le réalisme de Paul que nous voyons à présent
dans le miroir, d’une manière énigmatique […] que notre
science est partielle, notre prophétie est partielle (1 Cor.
13,9; 13, 12). L’espoir de l’Eglise est mode d’existence
insubordonnée à nos conceptions de la réalité crée: un mode
de liberté par rapport au temps, à l’espace, à la
perceptibilité des sens, au savoir que l’on acquiert
moyennant notre cerveau matériel.
Aux antipodes des exigences de la religion instinctive, les
pères du désert, dans la tradition ecclésial parlent d’une
ignorance supérieure à toute connaissance. Et Saint Maxime
le Confesseur certifie que si je dois dire si Dieu existe ou
non, je serais plus proche à sa propre vérité si je dirai
qu’il n’existe pas, étant donné que Dieu est totalement
différent de tout ce que moi je connais comme mode
d’existence. C’est uniquement à travers de semblables
remarques qu’il sera peut-être possible de délimiter la
relation entre révélation et expérience ecclésiale.
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